
Le Channel – Calais -Photo : site du Channel lechannel.fr
Le Channel, scène nationale de Calais, est menacé de cessation d’activité depuis l’annonce d’un plan de redressement aux équipes de l’établissement et une fermeture temporaire d’au moins six mois, annoncée pour le 1er juillet prochain. Un collectif de soutien s’est constitué.
Le 22 mai dernier, la mise en place d’un plan de redressement a été annoncé à l’ensemble de l’équipe de scène nationale de Calais. Ce plan (tenu confidentiel, les délégués du personnel ne disposant que d’une brève synthèse) prend appui sur un diagnostic financier et économique mené au mois d’avril 2026 par un consultant extérieur à la structure.
L’équipe signale que depuis plusieurs années, le Channel est fortement affaibli par des baisses de subventions et un bâtiment usé dont les problèmes la mobilisent quotidiennement mais que toutefois il « n’a pas de dettes, ni de problèmes de trésorerie […] et qu’il dispose de réserves qui permettent de surmonter, pour l’instant, les baisses de subventions ». L’équipe signale qu’elle a travaillé pendant des mois sous la direction de Sophie Mugnier, directrice arrivée en novembre 2025, à l’élaboration une saison 2026-2027 économiquement viable et s’inscrivant pleinement dans le cadre de son projet artistique.
C’est dans ce contexte qu’est annoncé le plan de redressement impliquant un arrêt complet de l’activité (spectacles, ateliers, cours d’option théâtre ou cirque, visites du lieu, rencontres, accueils de compagnies en résidence, prêts de salles ou locations des espaces sont intégralement suspendus) dès le 1er juillet et pour une durée indéterminée, d’au moins six mois. Cette situation implique la mise au chômage partiel de l’équipe permanente, et s’accompagne du recrutement d’un « directeur administratif et financier de transition » pour opérer la « restructuration » et le « redressement ». L’équipe signale qu’il lui a été suggéré de profiter du chômage partiel pour « prendre un autre travail » ou « partir en vacances ».
De son côté la directrice est désormais en arrêt et la présidente a informé les délégués du personnel qu’elle se tenait en retrait, les renvoyant vers la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) qui, selon le collectif, réoriente les demandes vers la présidente.
Les annonces faites le 22 mai ont choqué et abasourdi l’équipe qui dénonce un rapport réalisé alors que certains étaient en congés, qui n’a pas associé l’administratrice et la cheffe comptable et dont les éléments « portent des accusations graves sur la gestion de la structure et la compétence de celles et ceux qui y travaillent ». Par ailleurs la situation qui y est décrite est qualifiée par le collectif de soutien comme étant « pour partie totalement fausse, pour partie approximative et entièrement arbitraire ».
Le scénario annoncé est perçu comme « un sabordage des équipes et du lieu alors qu’une saison 2026-2027 légère, ajustée aux contraintes économiques est élaborée ». Les emplois des équipes permanentes, intermittentes, techniques et artistiques se sentent grandement menacés, la vie des grandes Tables et de la Librairie Actes Sud est fragilisée à court terme et et l’existence même du Channel semble être en jeu.
Le Syndéac et l’Association des Scènes National ont publié un communiqué manifestant leur soutien au Channel, Scène nationale de Calais, membre adhérent, et appellent au respect des missions de service public confiées aux Scènes nationales, inscrites dans le cahier des charges du label (accéder au communiqué)
Dans un communiqué daté du 4 juin la DRAC, le Conseil régional, le Conseil départemental et de la Ville de Calais (accéder) déclarent maintenir « leurs engagements financiers en 2026 et réaffirment leur plein soutien et leur accompagnement à la Scène nationale et au projet artistique et culturel porté par sa directrice Sophie Mugnier ». Les institutions y « réitèrent leur confiance dans la capacité de la Scène nationale, de ses publics et de ses équipes à fédérer artistes, acteurs culturels et collectivités autour d’un projet ancré dans son territoire, ambitieux artistiquement, â même de faire vivre un « Channel autrement » dans le respect du cahier des missions et des charges du label ».
Dans le même communiqué les partenaires prévoient « d’organiser prochainement une rencontre avec les équipes du Channel afin d’être à leur écoute » et « le recours à une mission d’appui transitoire [qui] pourrait être proposé, pour accompagner la mise en œuvre du projet ».
Cette réunion est programmée ce mardi 9 juin en sous-préfecture de Calais.
Face à cette situation, les équipes permanentes et intermittentes, ainsi qu’une large part des membres de l’association du Channel, « aspirent fortement à voir émerger un nouveau projet artistique pour un Channel qui bénéficie de toute l’amplitude de son label de scène nationale et où la liberté d’expression et de création est motrice et protégée, où le soin porté à l’accueil reste primordial » et espèrent obtenir, ce mardi 9 juin, les réponses à leurs questions alors que les rendez-vous artistiques importants préparés de longue date sont remis en cause faute de gouvernance.
Tous craignent que l’avenir du Channel ne se décide à leur insu et que l’étape suivante soit la mort du lieu de vie artistique, ainsi que celles des grandes Tables et de la librairie Actes Sud.
Le Collectif « Le Channel en danger », composé de salariés permanents et intermittents – artistes et techniciens -, des délégués du personnel, de membres représentants des adhérents, membres associés et fondateurs, de personnels des grandes Tables et de La librairie Actes Sud.
Page Facebook du collectif de soutien
collectiflechannelendanger@gmail.com
Une pétition a été mise en ligne par les élèves au lycée Sophie-Berthelot de Calais
Pétition en ligne
